VELJKO VIDAK
Godzila Let Tri Hod Pad Otrov Kraj
Revolution of cameleons
Texte de Laetitia Boisdron

L’Histoire a souvent été écrite par les vainqueurs.
Mais y a-t-il eu des vainqueurs dans la guerre qui a déchiré les anciennes républiques yougoslaves ?
Des bourreaux, des vaincus mais des victimes surtout. Certaines plus que d’autres dans cet éclatement d’une unité illusoire mais des victimes à parts égales d’un même régime communiste et tyrannique qui avait étouffé sans tuer toute velléité identitaire autant que nationaliste.

Alors Vidak veut raconter l’histoire à sa façon, reprendre les photos obligées du passé, ces figures incontournables aujourd’hui figées dans le noir et blanc de l’Histoire officielle et leur imposer ses transformations, ses transfigurations. Il les cherche d’abord dans la jungle de la toile cybernétique, les répertorie, les collectionne, les trie puis les choisit, aussi délicatement au départ qu’un chasseur de papillon qui doit punaiser sans abîmer. Mais ce n’est que pour les faire mieux tenir dans le cadre de son univers présent, les faire tenir telles qu’elles sont, même transformées ou décomposées, ces fragiles images hier si puissantes, et y ajouter toute la violence d’un passé plus récent qui en a découlé et les couleurs vives d’un présent encore à vif.

Tyrans, dictateurs, penseurs, héros fictifs ou réels, ceux d’hier et certains d’aujourd’hui, tous se confondent dans cet espace d’un imaginaire singulier qui rejoint le substrat d’un inconscient collectif. Les formes fondent, brûlent ou changent de visage, comme dans les rêves et les cauchemars, comme le rêve qui devient cauchemar.
Celui, bien sûr, du communisme ou de toute grande idéologie qui, appliquée par les hommes, ne peut devenir qu’une hystérie collective : dès qu’on a cru s’en emparer, la maîtriser, l’utiliser, l’idée s’échappe, l’essence fuit et c’est la déliquescence, le pourrissement, plus vite que le temps ne l’aurait fait. La beauté idéale qu’on a cru atteindre brûle les mains et la tête de ceux qui ont voulu la posséder et devient la pire des horreurs.
Mais c’est aussi un rêve-cauchemar d’aujourd’hui, ce paysage intérieur encore trop plein du passé, inondé du présent et propulsé dans l’avenir : le collectionneur de papillon, dans son travail minutieux pour mieux comprendre le présent en allant chercher dans le passé, a laissé les battements d’ailes se reproduire et les couleurs se répercuter sur la toile. L’historien, vite rattrapé par l’artiste, lui laisse toute la place pour qu’il puisse crier en forme et en couleur l’histoire et le présent, évacuer ce trop plein d’images au nom d’un peuple qu’on entend si peu.

Mai 2007
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